Ennui et procrastination : deux atouts créatifs !

Pendant de nombreuses années, on a encouragé les enfants à pratiquer différentes activités artistiques et sportives. On a rempli leurs emplois du temps pour qu’ils ne s’ennuient pas. Puis, des études ont prouvé qu’il était nécessaire à l’enfant de d’avoir du temps libre pour développer son imagination et sa créativité.

Maintenant, nous prônons le « slow life » : prendre le temps, observer la nature, redécouvrir le plaisir de faire soi-même, le bonheur des choses simples.

Mais ce qui est vrai pour les enfants, n’est-il pas vrai aussi pour les adultes ? N’avons-nous pas aussi besoin de nous ennuyer, pour nous redécouvrir ? L’ennui ne mène-t-il pas à la méditation, qui elle-même permet de développer sa créativité ?

Et si nous pratiquions un peu la procrastination, pour (re)découvrir le plaisir de faire les choses soi-même.

Arrêtez de fuir l’ennui !

A la fin du 17ème siècle, le philosophe français, Blaise Pascal définit l’ennui en ces termes dans son œuvre Pensées :

«Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. »

Quatre siècles plus tard, cette affirmation est toujours pleine de sens. Vous avez quelques minutes devant vous, avant le début du film, à la caisse du supermarché ou dans la file d’attente de la poste.

Qu’allez-vous faire ? Vérifier votre téléphone, comme la majorité des personnes ! Vous allez consulter votre messagerie ou regarder les derniers posts de vos amis sur les réseaux sociaux.

Vous allez fuir l’ennui ! Vous allez tromper l’ennui, car il provoque chez vous un sentiment désagréable, une sensation angoissante, dont vous voulez vous débarrasser au plus vite.

Nous vivons dans une société où l’hyperactivité et la productivité sont les maîtres mots de la réussite, où le temps est de l’argent. Notre esprit a été façonné depuis l’enfance pour percevoir le repos et la rêvasserie comme de la fainéantise.

Mais à fuir cet ennui, ce temps de pause offert à votre cerveau, vous vous privez de toutes ces pensées, ces idées qui auraient fusées pendant ce laps de temps.

Avez-vous déjà remarqué que les couples ont tendance à avoir des discussions sur des sujets importants lors de longs trajets en voiture ? Quand nous conduisons, nous pratiquons une activité ennuyeuse, nous ne sommes pas distrait par un écran de télévision ou de téléphone, notre esprit s’évade et nous amène à penser.

Il en est de même si l’on se retrouve seul avec soi-même. Dans un moment de méditation, notre esprit va explorer des recoins de notre cerveau que nous laissons généralement de côté parce que se poser les bonnes questions, les vraies questions, ça dérange.

Sortez de votre zone de confort !

Vous êtes-vous déjà demandé comment les personnes qui ont entrepris une reconversion professionnelle ont pris cette décision ? Quel a été l’élément déclencheur, motivateur ?

Souvent, ces personnes se sont retrouvées à prendre un autre chemin dans leur carrière, après une cassure dans leur quotidien (licenciement, congé maternité, etc). Cette pause imposée les a amenés à réfléchir sur leur épanouissement personnel dans leur poste actuel, et à ce qu’ils voulaient pour leur avenir professionnel. Face à l’angoisse de l’ennui, nous allons sortir de notre zone de confort et chercher à combler cette sensation de vide.

On ne vous parle pas de devenir un génie créatif tel Steve Jobs et de trouver l’idée du siècle pour créer votre entreprise demain. Mais vous aimeriez devenir plus créatif dans votre vie professionnelle ou personnelle ? Acceptez les moments de vide !

Arrêtez les stimulations extérieures (ouvrir une énième fois de la journée Facebook, jouer une dernière partie de Candy Crush, …). Avec nos emplois du temps trop chargés et l’hyperstimulation des écrans, notre esprit n’a pas la possibilité de se reposer et de se régénérer.

Dr Sandi Mann, chercheuse à l’université de Central Lancashire, a réalisé une étude faisant le lien entre ennui et créativité. En premier lieu, elle a demandé à la moitié des participants de lire ou de recopier des numéros de téléphone de l’annuaire. Puis, tout le groupe de sujets devaient imaginer le plus d’utilisations possibles de verres en plastique. Conclusion, la scientifique a démontré que ceux qui avaient réalisé une activité ennuyeuse au préalable, avaient eu des idées plus originales que les autres.
Pourquoi ? Parce que notre pensée cherche à s’évader d’un travail barbant. S’ennuyer est une activité qui va permettre de développer sa créativité et son imagination, si vous apprenez à rééduquer votre cerveau.

Vous avez la journée devant vous, que faites-vous ?

Oubliez votre to-do liste et pratiquez la procrastination. Commencez par vous ennuyer, laissez votre esprit s’évader, réfléchissez à la meilleure façon d’exploiter ce temps libre qui vous est offert.

Vous vous dites que vous pourriez tester cette nouvelle recette de cuisine ou réaliser ce gommage avec du sucre brun que vous avez vu chez votre amie. Il y a aussi cet attrape-rêves que vous vouliez confectionner pour accrocher au dessus de votre lit…
Et si vous trouviez votre bonheur dans ces simples activités manuelles. Plusieurs études ont prouvé que les loisirs créatifs développaient la confiance et l’estime de soi et réduisaient le stress. Le DIY (Do It Yourself) nous apporte un sentiment d’accomplissement, ce petit bonheur d’avoir fait quelque chose de ces dix doigts. L’Homme a besoin de produire pour se sentir bien.
Les loisirs créatifs, le DIY de manière générale, demandent de la concentration et sont parfois assimilés à une forme de méditation, notamment les mandalas, ces coloriages pour adultes.

Alors, la prochaine fois que vous vous accordez une pause dans votre journée : éteignez votre téléphone ou votre télévision, posez également ce magazine que vous êtes en train de lire, et fermez les yeux. Laissez votre esprit s’évader. Et au bout de quelques minutes, vous allez certainement vous ennuyer. Acceptez de vous ennuyer, et votre cerveau, lui, va se mettre à fonctionner.

Victor Hugo nous disait :

« Le plus grand ennui, c’est d’exister sans vivre ».