Qui sont les nouveaux artisans ?

On les appelle nouveaux artisans ou parfois néo-artisans. Mais qui sont ces manuels passionnés qui se cachent derrière cette expression ? Qui sont ces femmes et ces hommes qui remettent au goût du jour des professions jugées désuètes ? Et vous, pourriez-vous devenir un(e) néo-artisan(e) ? I MAKE fait le point sur cette tendance générationnelle qui fait du bien !

Néo-artisans : qui sont-ils ?

La génération Y vous connaissez ? On désigne ainsi les personnes nées au début des années 80 jusqu’à la fin des années 90. La plupart du temps, ce sont eux les nouveaux artisans. Ces hommes et ces femmes qui ont choisi la voie de l’artisanat, en s’orientant – ou se réorientant la plupart du temps – vers des métiers manuels. Mais il peut aussi s’agir de plus jeunes, des étudiants, ou de moins jeunes, ayant déjà vécu une ou plusieurs vies auparavant. Mais alors, quel est leur profil ?

D’anciens cadres qui étouffaient dans un quotidien jugé trop stressant ou routinier et qui étaient à la recherche de plus de sens. De jeunes diplômés qui n’ont pas eu peur de prendre des risques, de bousculer les codes et de choisir des chemins détournés pour composer une « carrière » qui leur ressemble. Des salariés qui ont décidé de se diriger vers des métiers plus manuels, moins intellectuels, leur permettant avant tout d’être en contact avec la matière, d’utiliser leurs mains pour créer ou réparer un objet, perfectionner chaque pièce.

En bref, des passionnés pour qui le fait-main et l’artisanat sont la clé de l’épanouissement.

Néo-artisans : quels métiers concernés ?

L’artisanat est extrêmement diversifié et regroupe aussi bien les secteurs du bâtiment, des services, de la fabrication ou encore de l’alimentation. Il peut donc s’agir de métiers artistiques comme ceux de céramiste, joaillier, sculpteur, décorateur de théâtre mais aussi de tout type de métiers manuels : plombier, brasseur, boulanger, coiffeur, menuisier, fleuriste…

Remettre des métiers anciens au goût du jour, voilà également le leitmotiv de la génération des nouveaux artisans ! Vive les métiers de tapissier, tailleur, maréchal-ferrant, horloger, cordonnier qui bénéficient d’un second souffle avec ces artisans, jeunes et motivés.

Dans son livre, Nouveaux Artisans, Magali Perruchini* a suivi vingt-cinq d’entre eux, mettant en valeur l’éclectisme des parcours et des métiers choisis, tel un souffleur de verre, des typographes ou une tisseuse. Même si, bien sûr, il existe des tendances. Selon les derniers chiffres clés de l’étude des Métiers d’art datant de 2019, la fabrication de vêtements artisanale a connu une croissance de 209 % du nombre d’entreprises, et 611 % pour la création de bijoux fantaisie alors que le nombre d’entreprises fabriquant des articles en fourrure a chuté de 55 % sur la même période**.

Néo-artisans : une histoire de transmission

Dans un monde en perpétuelle évolution, un monde où le digital est roi et l’image souveraine, les nouveaux artisans incarnent la tradition.

« L’artisanat va à l’encontre de l’obsolescence programmée. (…) la longévité est l’essence même de l’objet artisanal » résume le duo de forgerons Ballerait & Taquet*.

Les nouveaux artisans en ont pleinement conscience : ils sont détenteurs d’un savoir-faire qu’ils perpétuent : « On nous a transmis des gestes qui sont ancrés en nous et qui guideront notre pratique tout au long de notre vie » explique Mikaël, fleuriste de Season, également interviewé dans le livre.

A travers ces connaissances, transmises de génération en génération, les néo-artisans représentent la sécurité et la stabilité. Ils rassurent par leur rigueur et leur technique. Mais pas seulement. Car cette nouvelle génération de travailleurs manuels ne se contentent pas de reproduire des codes. Ils les réinterprètent, les réinventent et les font évoluer, se montrant également créatifs, inventifs et donnant forme à un métier sur-mesure, à leur image.

Nouveaux artisans : une histoire de plaisir

Qu’il s’agisse d’une vocation née dès leur plus jeune âge ou d’une reconversion sur le tard, les néo-artisans sont rattrapés par leur passion. Leur art, ils le conçoivent à travers la pratique et la notion de plaisir est au cœur de leur travail.

« (…) J’exécute une série de gestes coordonnés et synchronisés qui s’apparentent à une chorégraphie. Je me livre à une forme d’abandon et laisse mon corps s’exprimer » détaille Tomàs Avinent, marbreuse de papier.

Les gestes, précis, techniques et répétitifs, leur permettent d’entrer dans un état quasi méditatif et de lâcher-prise… ce qui est forcément jubilatoire. Pour Jérémy Maxwell Wintrebret, souffleur de verre, qui évoque « une poésie du geste », le plaisir vient aussi de l’importance de « reconnecter l’esprit à la matière. Travailler un matériau développe la discipline, la fierté et la création. »

Alors, certes, les nouveaux artisans exercent des activités manuelles, et partagent l’amour du travail bien fait, mais bien au-delà, il est question de liberté, de créativité, de partage et d’épanouissement.

Artisan…. Un métier d’avenir !

Il n’a pas forcément bonne presse et on regrette souvent que le petit dernier opte pour un CAP ou un BTS, pourtant le secteur de l’artisanat est l’un des plus dynamiques, représentant 25% de l’économie française. Les entreprises travaillant dans le domaine des métiers d’art sont passées de 38 460 en 2005 à 51 240 en 2017**. Un secteur qui ne connaît pas la crise, qui offre des perspectives diverses et qui rayonne à l’international, faisant connaître le savoir-faire français à travers le monde. Ce que l’on ignore souvent, c’est que ces entrepreneurs ne font pas seulement de l’artisanat. 81% d’entre eux ont des entreprises unipersonnelles et doivent donc apprendre à gérer les aspects administratifs et commerciaux, marketing de leur société. Un métier polyvalent, donc !

Néo-artisan : et si c’était fait pour vous ?

Bien sûr, on rêve tous par moment de plaquer nos jobs pour faire de la poterie en malaxant de l’argile ou de peindre des toiles immenses dans un atelier sous les toits. Car si la routine peut parfois être sécurisante, le goût du changement et l’envie d’expérimenter est plus ou moins là, en sourdine…

L’essentiel étant d’avoir une passion à exploiter et pour laquelle vous avez des facilités, voire du talent. C’est un début mais cela ne s’avèrera pas forcément suffisant. Alors, pour savoir si vous êtes vraiment prêt(e) à vous lancer dans une reconversion, il ne faut pas hésiter à aller à la rencontre des artisans qui pourront vous partager leurs expériences, leurs réussites mais aussi leurs échecs.

Ne loupez pas les Journées européennes des métiers d’arthttps://www.journeesdesmetiersdart.fr qui sont l’occasion de découvrir des métiers méconnus, des savoir-faire contemporains, hérités d’hier.

Enfin, le blog et le livre de Magali Perruchini, vous l’avez compris, sont des références pour tous ceux et celles qui s’intéressent au sujet et veulent se projeter un peu plus ou, simplement, partir à la rencontre de personnes hétéroclites, passionnées et passionnantes.


*Nouveaux Artisans, Magali Perruchini, editions Eyrolles

** Etude Métiers d’art, chiffres clés

Cet article a été rédigé par Vanina Denizot.